Carnet de voyage : Favela de Rocinha, contrastes sur collines

Célébrer mes 33 ans à Rio de Janeiro n’était pas prévu au programme 2025. Pourtant, je suis partie rejoindre l’une des personnes chères à mon cœur. À l’heure où je tape ces mots, je suis attablée à la terrasse d’une maison dont l’allure pittoresque me ravit. Loin des regards, elle s’engouffre dans les arbres du quartier bohème de Santa Teresa connu pour être le repère des artistes.

Un cadre propice aux vacances, pensez-vous ? Il n’en est rien. J’ai emporté mon pc portable dans mon bagage à main, ayant l’avantage du télétravail. Pour autant, je n’étais pas préparée à recevoir une claque monumentale depuis l’Amérique du Sud.


Quand le voyage devient une quête de réponses

Avant de rentrer dans le vif du sujet, une contextualisation s’impose. Lorsque j’organise mes voyages, je m’informe un minimum sur la culture du pays dans lequel je me rends. Ç’a été le cas pour l’Égypte, où les us et coutumes sont drastiques pour moi, femme caribéenne qui se veut libre dans ses choix. Par respect pour les mœurs, et malgré les 40°, j’ai troqué mes mini-robes décolletées contre mes pantalons en lin.

J’ai entrepris la même démarche avant de rejoindre Ras Alex, un Guadeloupéen installé avec sa famille dans une communauté rastafari en Éthiopie. Sur leur terre promise à Shashamané, dans leur havre de paix «  Zion Train Lodge  », pas de règles strictes, mais une invitation à respecter les particularités de leur philosophie.  Un art de vivre dont j’épouse le rapport divin avec la nature.

Le Brésil n’a pas échappé à ces principes. Avant mon départ, la chaîne YouTube du couple voyageur Afro « TheYarbros » fut une grande source d’information. J’ai découvert la richesse culturelle de Salvador de Bahia, communément appelée « la ville la plus africaine hors d’Afrique » en raison des nombreux Africains qui furent déportés durant l’esclavage.

C’est dans un contexte de marronage et de réappropriation identitaire que (re) naît le peuple afro-brésilien à Salvador. La capoeira, cet art martial (similaire à notre Danmyé) emblématique du Brésil, puise son essence dans leur résistance historique via la lutte, la musique et la spiritualité.

Celle-ci est un pilier de leur culture. Par le Candomblé, les Afro-Brésiliens vouent un culte aux divinités nommées Orishas (originaires des traditions Yorubas en Afrique de l’Ouest) lors des célébrations annuelles tout en s’assurant d’en protéger les rituels sacrés. Les statues de ces divinités reposent sur le lac Dique do Tororó au centre de Salvador. Au passage, je remercie Hiago pour la visite on ne peut plus instructive.

Érigées sur une étendue d’eau paisible, ces œuvres d’art, créées par Tati Moreno, incarnent les forces de la nature et représentent un symbole du patrimoine spirituel de la diaspora africaine. Telle une marque de renaissance, le peuple a su se reconstruire en s’appuyant sur la mémoire de la Terre-Mère.

N’est-ce pas une source d’inspiration pour nous, Martiniquais, à l’heure décoloniale ? Nous, dont les racines généalogiques furent sauvagement abattues et dont l’ancrage religieux fut travesti…

Lac des Orishas à Salvador – Sculptures par l’artiste Brésilien Tati Moreno – © Mosayis

Tout comme la découverte des monuments pharaoniques en Égypte ou la rencontre des fidèles de l’empereur Hailé Sélassié 1er en Éthiopie, mon itinéraire brésilien (Fortaleza-Salvador-Rio) est devenu une quête potentielle de réponses. Naturellement, il me tenait à cœur de me rendre dans la « ville noire ».

Car, en tant qu’afro-descendante dans une société bâtie sur la domination, comme le racisme, ce type de destination ne peut en aucun cas relever d’un simple intérêt touristique. En l’occurrence, au Brésil, il a été difficile de m’adonner à la relaxation pure et simple. Outre mes responsabilités professionnelles, je ne pouvais vivre ce séjour sans le considérer sous un certain prisme politique.


Oser lire le verso des cartes postales

Vue depuis le pain de sucre à Rio – © Mosayis

Brésil.
Qu’est-ce qui vient à votre esprit à la lecture de ce mot ? Qu’est-ce que cela vous évoque en l’espace de quelques secondes ? Je suis pratiquement sûre que votre imagination s’éveille aux couleurs chatoyantes du carnaval, aux rythmes addictifs de la samba ou aux mythiques plages de Rio de Janeiro. Avec raison, elles sont magnifiques.

Personne ne peut le nier. Ce pays, dont la biodiversité me rappelle la Martinique, est resplendissant. Que dire de la cuisine et de la musique ? La culture brésilienne foudroie n’importe quel être humain qui a la chance de la côtoyer de près.


Mais, réduire l’intégralité du territoire, aussi remarquable soit-il, à une carte postale serait maladroit alors que les stigmates de son passé colonial fragmentent encore ses frontières et son peuple. Si je devais qualifier mon expérience en toute transparence, celle-ci serait à la fois familière et contrastée.

Car au-delà du sable immaculé de Copacabana et des couchers de soleil à Ipanema, magnifiés par les Dois Irmãos, il y a la réalité des favelas. Le sentiment d’injustice a connoté mon voyage. Moi-même, Martiniquaise issue de la classe populaire et sensible aux inégalités puantes de ce monde.

Comment ne pas trouver un écho lorsque le racisme, les discriminations de classe et la précarité s’étalent sous mes yeux ? J’éprouvais le besoin profond d’en apprendre davantage sous l’impulsion des similarités diasporiques entre le Brésil et la Martinique.

Vous savez, ce département colonie asphyxié sous les vieux relents impérialistes de l’État français ?

J’ai donc eu l’occasion de me rendre dans la favela de Rocinha en compagnie d’un habitant : Léandro de l’agence Brésil mon amour. Avec lui, j’ai découvert la plus grande favela d’Amérique latine.

Bien sûr, un séjour ne suffit pas à saisir l’entière complexité de Rocinha, ni à parler au nom des favelados1. En revanche, je peux à mon échelle vous partager la voix d’un natif…

Favela de Rocinha – © Mosayis

Rocinha : une ville dans la ville

Samedi 27 septembre 2025. Réveil à 7 h.
Le rendez-vous est fixé à 9 h à la sortie A du métro de Rocinha. Il faut compter 45 minutes de route depuis Santa Teresa et… une heure de préparation. Mes déplacements sont lents et saccadés. C’est qu’en ce moment, une vague de froid s’abat sur Rio. Je ne vous cache pas ma surprise lors de mon arrivée ; je l’admets, mes recherches ne m’ont pas menée jusqu’à la météo.

Une erreur de ma part, car les températures avoisinent les 12° et, pour la fille du soleil que je suis, c’est tout bonnement une agression sensorielle. Dans mes valises, je n’ai rien prévu contre ce guet-apens climatique. Alors, va pour une veste. D’ici la fin de la matinée, le temps se réchauffera.

© Mosayis

Graças a Deus, je pouvais aussi compter sur le siège chauffant de l’Uber. Vitre montée (un prérequis de sécurité à Rio), je m’émeus en contemplant le charme délicat de Santa Teresa sous l’effet des rayons du soleil. Boudée par les automobilistes, ce sont les arbres qui peuplent les routes et les fresques murales qui volent la vedette aux commerces dont les rideaux sont encore tirés.

Minute après minute, le décor m’échappe un peu plus. Nous quittons progressivement le quartier d’accueil pour rejoindre Rocinha, dont les habitants sont plus matinaux.

Sur place, plusieurs petits marchés se disputent les espaces à tel point que le passage pour piétons en est restreint. Tout ce beau monde se côtoie et s’affaire à leurs activités respectives : marchands de toutes sortes, travailleurs et jeunes étudiants s’empressent de rejoindre le métro. Entre eux, des hommes sans-abris tentent de trouver le sommeil sur des murets parmi l’affluence étrangère, locale et… l’indifférence générale… contrastes.

Étant en avance, je prends le temps d’observer aux alentours en ayant pris soin de m’adosser contre un mur face au point de rendez-vous. Juste à ma droite se trouve une petite roulotte tenue par deux jeunes vendeurs de galettes de cassave à la farine de manioc (cc le péyi). Dire que je n’ai pas eu l’occasion d’y goûter depuis mon arrivée. Je rectifie le tir et m’en commande une saveur tomate/fromage pour patienter. C’est un délice que l’atmosphère, aussi étouffante soit-elle, ne peut m’enlever.

Rocinha – © Mosayis

Les dernières miettes englouties, j’aperçois Léandro, notre fameux guide. Les motos-taxis nous attendent (nous étions un groupe d’une vingtaine environ). Je ne vous cache pas ma hâte de gravir les collines à deux roues. Cette virée d’une dizaine de minutes se fera obligatoirement sans casque… saurez-vous seulement deviner pour quelle raison ? La réponse se trouve dans la suite de l’article.

Mes locks au vent, à l’arrière d’un motard brésilien que je ne connais absolument pas, mais qui a l’air ravi de ma présence, je sillonne enfin la rue de la plus grande favela d’Amérique latine. L’allure est modérée, j’ai donc suffisamment de temps pour observer aux alentours.

Motos et véhicules se partagent la voie. Les uns transportent les personnes : habitants et étrangers. Les autres livrent de la marchandise pour les nombreux commerces de part et d’autre de la route où le trafic est dense et perpétuel. Sans jeu de mot.

Sur la route de la favela de Rocinha – © Mosayis

Nous arrivons à l’un des restaurants les plus célèbres du coin dont le nom m’échappe, my bad. Je ne sais pas si sa réputation tient de sa cuisine, l’adrénaline m’ayant rassasiée. En revanche, j’ai très vite compris l’intérêt de cet arrêt. Un must-do.


Appréciez plutôt.

Favela de Rocinha – © Mosayis

Favela de Rocinha au premier plan, au second : les quarties riches au bord de l’eau – © Mosayis

Favela de Rocinha – © Mosayis

Nous voilà dans les hauteurs de Rocinha. Ce que je visionnais à la TV, entre les reportages grossiers et les clips vidéos, se trouve juste sous mes yeux. Les maisons fourmillent, s’amoncellent, s’escaladent jusqu’à disparaitre sous leurs citernes d’eau potable installées sur les toits. En contrebas, face à la mer, sont hissés les buildings des quartiers riches au rooftop luxueux. De quoi annoncer la couleur…

Dans la favela, c’est 200 000 personnes (environ 30 % des habitants de Rio) qui y vivent. Grâce à Léandro, natif et guide certifié, j’ai eu l’occasion de découvrir l’intérieur de ses murs. Si vous vous attendez à une visite touristique classique, passez votre tour.

C’est une immersion dans la réalité de la population, narrée par un favelado lui-même. C’est que Léandro vit à Rocinha depuis cinq générations. Il promeut une démarche de démystification, lui qui connaît la genèse, les codes et les ruelles (celles à éviter notamment).

L’agence « Brésil mon amour » vise à déconstruire les préjugés autour de Rocinha et à partager la version de l’histoire de ceux et celles qui la vivent au quotidien.
Pour moi, les choses sont claires : passer par un service étranger susceptible de nourrir des clichés ou de participer à du voyeurisme sous couvert « d’aventures» est inenvisageable. Surtout, faire appel à Léandro, c’est s’assurer que ses profits reviennent directement à Rocinha.

D’après notre guide, les favelas sont en quelque sorte les nouveaux Quilombos2. C’est un peu l’équivalent des Mawons aux Antilles. En clair, les favelados sont les descendants des anciens esclaves.


Ces derniers, après l’abolition de l’esclavage en 18883, durant une crise de logement à Rio où il manquait cruellement d’espace, ont migré dans les montagnes pour bâtir leurs maisons seuls, sans aucune contribution de l’État.
C’est donc depuis des années que le Gouvernement néglige les favelas au profit des régions riches plébiscitées par les touristes.

Que reste-t-il quand le soutien public économique fait défaut  ? La débrouille. Ainsi, les favelados font « société » avec les gangs armés. Mais, contrairement aux messages dépeints par la plupart des médias, les dealers ne représentent que 1 % des habitants. En revanche, c’est bien eux qui définissent les contours de leur système intramuros.

Je m’interroge : la bonne survie de Rocinha dépendrait-elle des recettes des cartels de drogue ?

J’ai la gorge serrée et les nerfs tendus face au récit de Léandro. Il achève mes certitudes lorsqu’il affirme : « J’ai peur quand mon fils se rend sur la plage d’Ipanema. Sachez que vous êtes plus en sécurité dans la favela que nulle part ailleurs à Rio. »

Favela de Rocinha – terrain de foot – © Mosayis

« Je ne sais qu’une chose, c’est que je ne sais rien ».

Socrate


Marcher sous les règles du cartel

Comment 200 000 personnes peuvent-elles coexister sous l’influence des gangs ? Comment peuvent-elles cohabiter avec les chefs et leurs dealers ?

Les cartels ont structuré et pacifié Rocinha sous leurs conditions durant des années. Les règles y sont strictes pour protéger leur communauté et son organisation. Les vols et les agressions éventuelles dans les lieux très touristiques sont exclus de Rocinha au risque d’entraîner des répercussions que vous n’avez pas envie de connaître.

Je n’échappe pas au règlement général. Par exemple, les gringos4 n’ont pas le droit d’entrer dans la favela le visage couvert. Voilà pourquoi je ne portais pas de casque à moto (désolée maman). La raison est plutôt évidente : les guetteurs doivent identifier chaque personne qui pénètre leur zone.

Croyez-moi. J’ai vu des individus lourdement armés, il ne vous viendrait pas à l’idée de transgresser leurs lois. D’ailleurs, je vous conseille de vous rapprocher d’un guide local (j’insiste) pour vous introduire au cœur de Rocinha. Évidemment, je recommande « Brésil mon amour » sans hésiter.

Entre les murs de Rocinha – © Mosayis

Après avoir arpenté des escaliers exigus interminables, nous parvenons enfin à l’intersection d’une ruelle parallèle. Deux hommes assurent l’entrée du secteur et semblent avoir un échange sympathique. Leurs sourires tranchent avec le cadre (contrastes). C’est que nos potes paraissent accessibles si ce n’est leurs mitraillettes à leurs épaules qui se balancent comme de banals cabas de courses…


Nous sommes arrivés en zone rouge. Léandro nous avertit : nous devons ranger nos téléphones et nos lunettes de soleil dans nos sacs respectifs jusqu’à nouvel ordre.

Je n’aurais pour seuls souvenirs que ma mémoire et ma capacité à marcher, l’air de rien, aux côtés de mecs armés plutôt mignons d’ailleurs. La beauté des Brésiliens n’est pas un mythe caralho !

Certains hommes nous saluent chaleureusement d’une main, l’autre étant prise d’assaut par leur fusil.

D’autres sont sur la réserve ou suffisamment à l’aise pour m’interpeller d’un bruit de bouche indéchiffrable. Tel un charo du péyi qui «pssiiit» un samedi matin à la Cour Perrinon de Fort-de-France.

Malgré l’atmosphère digne de Training Day, je n’ai ressenti aucune frayeur. J’étais safe avec notre guide. Je répète : j’étais en sécurité dans la plus grande favela d’Amérique latine.

Comme si les règles du cartel planaient dans l’air, à chaque coin de rue, telles les notes d’un parfum balayées par le vent jusqu’à atteindre chaque habitant dans leur conduite. Street poetry like…

Cependant, l’intimidation restait palpable dans chaque cellule de mon corps. Comment en être autrement ? Foulez le sol rouge pour la première fois et vous aurez la sensation que les armes ont des yeux rivés sur votre tête.


Changer le regard 

L’adrénaline estompée, Léandro nous escorte plus loin de la fameuse red zone. C’est ici que je remarque l’envers du décor : l’entraide, les marchés, les commerces, l’école, sans parler du centre de santé autofinancé.

J’ai vu des familles affairées dans leur quotidien, des seniors investis dans une partie de cartes, et des enfants enjaillés sur leur terrain de foot aux murs peints de graff. Hip-Hop Culture is everywhere…
Une pensée pour les kids adorables qui nous ont accueillis sous leurs meilleurs passinho5

D’ailleurs, si vous souhaitez vous rendre dans une soirée Funk Carioca à Rio, consultez votre cardiologue en amont. Vous aurez de fortes chances de « bailer funker » aux côtés des mitraillettes, mais chill :).

Pour l’heure, j’ai dansé seule sous le morceau « Peça Nova » de la chanteuse Rébecca. J’étais bien trop épuisée entre les sorties et mon travail. Ça ressemble à un alibi de flipette, mais ce n’en est pas un.

Ceci dit, j’ai un profond respect pour cette musique née dans ces quartiers populaires.
Au-delà des vibrations émises par le mur du son, la favela représente une culture avec des expressions communes via la danse, les codes esthétiques, le jargon et le baile funk, évidemment. Une forme de résistance face aux violences politiques.

Avec son système social et économique propre (sans jeu de mots), Rocinha vit en autonomie grâce à un fonctionnement plutôt rodé malgré les défis.

Par exemple, les membres de leur association qui connaissent chaque habitant, assurent la distribution du courrier. Les colis entassés à un coin de rue, sont impossibles à livrer en véhicule. En plus de leurs couloirs étroits, les maisons n’ont pas de boîte aux lettres. Les favelados doivent donc s’y prendre à main nue et à pied pour récupérer et transporter les commandes…

Vous comprenez l’ambivalence qui m’a accompagné tout du long ? En trois heures, je suis passée des crampes d’estomac aux crampes de zygomatiques.

J’ai quitté Rocinha, habitée d’un profond sentiment paradoxal. La suite du programme sur la célèbre plage d’Ipanema bordée par ses grands immeubles et ses restaurants huppés n’a pas arrangé les choses…


Contemplation, chagrin & saudade

Plage d’Ipanéma – Rio de Janeiro – © Mosayis

Sur le sable, les parasols et les transats sont à perte de vue. Vacanciers, locaux, expatriés, tous·tes se relaxent, bronzent, sirotent des caïpis vendues aux abords de la route. Moi ? Je suis entre deux.

Dire que j’ai plus de risque de me faire voler sur le sable doré. Dire que je suis davantage en danger sous le soleil aux horizons bleu pastel plutôt que sur le bitume chaud des bidonvilles.

Permettez-moi tout de même de nuancer mon propos. Il est vrai que le danger est réel (témoignages à l’appui), mais avec de la prudence, se prélasser sur la plage est aisé.

Paradoxalement, cette détente m’a crispé alors que Rocinha visitait encore mes pensées.


Réflexions

Est-ce qu’une personne racisée peut s’émanciper de sa représentation sociale le temps d’un voyage ?

Peut-elle faire fi de la diaspora au nom de l’évasion ?


À la vôtre – © Mosayis

Malgré toute ma gratitude et bien que j’essaie de vider mon esprit, je reste dans l’inconfort. Car, le même État qui investit dans les infrastructures touristiques, tue à petit feu ou tire à bout portant 200 000 personnes afro-descendantes recluses dans l’ombre des palmiers des hôtels de luxe.

Évidemment, je ne cautionne aucun trafic de drogue, mais connaitre le contexte dans lequel s’inscrit la vie des favelados est crucial. Je tiens à laisser une trace de mon expérience acquise auprès des services de Léandro. Toutefois, je vous encourage à approfondir le sujet de votre côté s’il suscite votre intérêt.

Cultivons un esprit critique face aux récits des médias mainstream, qui réduisent si bien les favelas à la stricte violence urbaine. Je fais notamment référence aux évènements qui ont eu lieu au nord de Rio (soit quelques semaines après mon départ du Brésil) où la police a tué plus d’une centaine de favelados…


La réalité est complexe, systémique et d’origine coloniale.


Dois Irmãos, Ipanéma – Rio de Janeiro – © Mosayis

Je clos mon séjour avec le cœur ouvert, l’esprit lucide. Les voyages prennent davantage de sens quand ils m’éduquent et contribuent à la remise en question de mes perceptions.

Le Brésil me reverra. En attendant, je me pencherai sur mon portugais bancal et sur l’ouvrage « La terre donne, la terre veut » d’Antônio Bispo Dos Santos, préfacé par Malcom Ferdinand.


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Tchau !

Mosayis,

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Copyright 2022 Mosayis


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  1. Favelados : Habitants de la favela. ↩︎
  2. Quilombos : Communauté d’esclaves en fuite dans les hauteurs du pays. ↩︎
  3. Le Brésil est le dernier pays à avoir aboli l’esclavage. ↩︎
  4. Gringo : terme pour désigner les étrangers. ↩︎
  5. Passinho : « petit pas ». Danse, mouvement culturel nés dans les favelas. ↩︎


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4 réflexions sur “Carnet de voyage : Favela de Rocinha, contrastes sur collines”

  1. Coucou Moyasis,

    Ton article est vraiment intéressant, merci pour toutes les infos et les impressions que tu as partagées. Par contre, je me pose quelques questions sur l’éducation, aussi scolaire que familiale.
    Est ce que tu t’es un peu penchée la dessus? Comment les enfants sont éduqués, surtout dans les favelas ? Merciiii par avance .

    Aimé par 1 personne

    1. Coucou, merci pour ta lecture attentive et ton retour.

      D’après ce que j’ai compris le système scolaire est limité jusqu’à certaines classes, avec peu d’enseignants et de moyens.

      Pour le reste, je n’ai pas d’éléments de réponse malheureusement.
      C’est un sujet qui n’a pas été abordé lors de la visite, et sur lequel je ne peux pas m’exprimer à la place des habitant·es.

      Merci pour ton intérêt en tout cas.

      J’aime

  2. Ma frangine,

    J’ai aimé ressentir ce pays sous ta plume. Des sensations fortes, des réflexions politiques profondes. Le récit de voyage te va très bien. Ta poésie, ta verve s’y déploient à merveille!

    Merci pour tout ça, j’ai pris bonne note,

    Fola

    Aimé par 1 personne

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