Moi, Tituba sorcière… – MARYSE CONDÉ


Une lecture achevée en quelques jours.

© Mosayis

L’histoire s’appuie sur l’identité réelle d’une esclave : Tituba. Elle est accusée dans l’affaire controversée des sorcières de Salem en 1692.

Maryse Condé retrace alors la vie, je dirais même, le sort de cette femme tombée dans l’oubli.
L’autrice baptise notre protagoniste à la Barbade, entre l’atrocité de l’esclavage et l’agitation des marronages.
Dans un folklore caribéen, je m’attache à Tituba, à tel point que je me retrouve avec elle, recluse dans sa case, à préparer onctions et autres rimèd razié. Son personnage est d’une telle complexité qu’il ajoute du relief dans un contexte où les principes liberticides de la femme vont à vau-l’eau.

Seulement, voilà, Tituba est à contre-courant de ces mœurs. Elle est profondément libre dans ses choix (ou presque) et libre dans sa sexualité assumée. Tenace, malgré les circonstances malheureuses de son périple, on ne saurait, pourtant, la réduire à un archétype.
Fanm djok, peut-être, mais pas que… Elle est aussi à fleur de peau, parfois déraisonnable dans sa quête de l’amour. (Oui, force et sensibilité sont compatibles.) D’ailleurs, son départ vers l’Amérique, loin de sa case isolée, sera un souhait du cœur, mais…à contrecœur de sa liberté.

Dans cette nouvelle vie, Tituba ne sera pas au bout de ses peines, non. C’est en vérité, bien là, que commence la chasse aux sorcières. Au XVIIe siècle, l’Amérique baigne dans la morale puritaine. La religion mène la cadence et tout ce qui s’en éloigne doit être sévèrement puni.
Dans une confrontation entre aspects religieux et spirituels, Tituba fera les frais de ses savoirs transmis par Man Yaya, en territoire ennemi.

Alors, des questions se posent.
Quelle aurait été la vie de Tituba sans les hommes croisés sur sa route ?
Une question de ses ancêtres lui revient systématiquement : « Pourquoi ne peut-elle se passer des hommes ? »
Ou implicitement, comment bien illustrer le poids d’une société régie par une autorité masculine sur les épaules d’une femme ? Quel est le sort réservé à celles qui entreprennent une route à revers des normes ?
Que l’on ne se méprenne pas, les hommes ne sont pas des antagonistes. Certains sont fourbes, certes, mais d’autres sont bienveillants. J’aime constater ces mises en perspectives fidèles à la complexité des rapports humains. Elles rajoutent de la profondeur dans un récit et c’est, pour ma part, un énorme point fort.

En clair, ce livre est une merveilleuse représentation féministe aux racines caribéennes.
Maryse Condé offre à cette femme une histoire, un livre-hommage.
Elle, Tituba, sorcière désormais connue.

Mosayis.

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