L’amour comme un cas d’étude

Théoriser l’amour lorsqu’il est transmis, dans l’imaginaire collectif, comme un sentiment sur lequel nous n’aurons aucun contrôle, comme un élan instinctif passionnel qui nous surprendrait et échapperait à notre raisonnement.
Bell Hooks propose de le conceptualiser, d’en faire l’objet d’une réflexion à mener avant d’y trouver une quelconque grâce du cœur.
Et si l’amour dans le cocon familial, amical, au sein d’un couple ou avant tout engagement relationnel devenait un cas pratique ?
Comment définit-on l’amour ? Comment a-t-on envie d’être aimé ? Le couple représente une norme par excellence, mais l’est-il réellement pour tout un chacun ?
Pourquoi sommes-nous prêt(e)s à mentir aux personnes que nous aimons ? Comment gagner en intégrité en brisant le cycle narquois du mensonge ?
« Prendre le contrôle sur l’amour » des termes qui paraissent paradoxaux pour un sujet qui inspire douceur et délicatesse, mais qui sont tout de même pertinents. À travers différents chapitres édifiants, l’autrice nous invite à entreprendre l’amour comme un acte volontaire, assumé et conscientisé, dans un intérêt spirituel, dénué de fantasmes illusoires entretenus par la culture populaire.
Vivre selon une éthique de l’amour est le chapitre qui, pour le moment, m’a le moins plu (je n’écarte pas un avis différent en cas de relecture). Pourtant, j’acquiesce volontiers la démarche d’une société régie par une éthique de l’amour. Les systèmes de domination seraient totalement dépourvus de leurs armes destructrices (utopie ?). Ce qui m’a interloqué dans ce chapitre, à titre personnel, c’est le don de soi.
Je trouve qu’il contredit un tant soit peu l’un des sujets précédents qui abordaient l’amour pour soi-même. Je me dis en toute bonne foi que l’un n’empêche pas l’autre, mais, sauf erreur de ma part, j’ai regretté de ne pas trouver dans le livre cette notion d’équilibre (entre soi et les autres) que je juge indispensable.
Ce que j’appréhende est l’éventualité de se fondre inconsciemment dans un couple ou un groupe (la famille peut être un cadre d’oppression par exemple) jusqu’à omettre ses aspirations.
Moi, étant une femme qui refuse de vivre dans l’ombre d’un partenaire ou d’un groupe social, car avant d’être « la compagne ; la fille ; la sœur ou l’amie », je suis un individu aux facettes infinies. Cela peut sembler évident, mais c’est un véritable défi dans un monde où les femmes sont soumises aux pressions sociales, à l’éducation sacrificielle au détriment de leurs ambitions propres, pour peu qu’elles en prennent conscience, afin d’atteindre un modèle de vie glorifié (en couple, mariée, mère de famille…).
Bien entendu, ces principes sont remis en question aujourd’hui. Bien sûr, on trouve des exceptions, une tendance qui s’inverse (ou pas, chacun ses choix après tout. L’important est peut-être de savoir s’ils sont éclairés, nôtres, soustraits des conventions sociales.). J’évoque surtout une majorité, un schéma bien immiscé dans les esprits qui ne convient plus à toutes en fin de compte.
L’amour est une notion de valeur indépendante du statut de la relation dans laquelle il grandit. Les exigences comme le respect, la liberté de l’autre ou la communication, pour ne citer que celles-ci, doivent être communes à tous les types de relations amicales ou amoureuses. Ce que je réclame dans une relation amicale pour qu’elle soit saine, je dois pouvoir le réclamer aussi dans une relation amoureuse. Mon épanouissement doit être transversal et complémentaire.
L’ouvrage de Bell Hooks est intéressant, car il aborde un angle humain intersectionnel tout en balayant une variété de sujets corrélés directement ou indirectement au concept de l’amour prédéfini par la société, d’où l’importance de s’interroger sans cesse sur nos biais pour permettre une ouverture d’apprentissage, pour entrevoir une croissance entre nous et nos bien-aimés. Je pense que sortir des stéréotypes du genre qui cloisonnent d’office les potentielles perspectives d’évolutions des relations est impératif comme c’est aussi primordial de questionner la complexité humaine avec ses failles et ses conditionnements instaurés et influencés par l’environnement culturel, géographique, médiatique et sociopolitique.
C’est un ensemble d’éléments qui façonnent irrémédiablement les perceptions et les choix des personnes dans leur engagement affectif comme : la classe sociale, la religion ou la race (d’un point de vue sociologique).
C’est une réalité dont nous n’avons pas toujours conscience tant nous sommes bercés par les récits mielleux de la romance.
Mais l’amour au sens large est une force que nous utilisons quotidiennement sans nous en rendre compte pour notre mieux-être, pour améliorer notre vie et celle des personnes qui nous sont chères… une force qui nous pousse à grandir et briser les carcans qui entravent notre liberté.
Alors, pourquoi dissocier l’amour de ses schémas sociaux ? Pourquoi le dépolitiser en le réduisant à une quête passionnelle ? Or, il s’inscrit incontestablement dans un système plus oppressif que salvateur.
Comment conjuguer l’amour au temps que nous choisirons hors des fossés sociétaux ?
Comment utiliser cette force pour fleurir notre jardin intérieur, nourrir notre cercle relationnel et, par un probable effet domino, construire un monde meilleur ?
Et toi, quelle est ta conception de l’amour ? Que tu aies lu cet ouvrage ou pas, fais-moi part de ton opinion et de ta vision sur ce sujet universel.
Mosayis.
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